Sur les routes de Kii: Bains de lumière et sources thermales

Un couloir étroit

la douceur du riz s’invite

les lumières s’allument

Osaka, fin de première journée

Un couple en blanc se dresse dans une chambre d’hôtel. Un plateau repas copieusement garni trône sur un chariot au milieu de la pièce. L’homme s’approche de la femme pour la saisir avec passion contre lui puis prend un œuf sur le plateau, le casse d’une main, fait glisser le jaune d’œuf cru et intact dans sa bouche et le transmet ensuite à sa partenaire du bout des lèvres. Ils s’échangent ainsi le jaune fragile à tour de rôle dans une danse délicate jusqu’à l’explosion du précieux soleil dans un élan d’extase. Cette scène extraite du film Tampopo illustre bien le culte de la bouffe tel qu’il peut l’être vécu au Japon, dépassant de loin celui du mignon sushi du dimanche soir. Pour l’amateur, se nourrir au Japon relève du sacré. Nous attendions cette exploration avec une telle impatience que chaque restaurant, échoppe ou même superette choisis pour honorer notre appétit prend des allures d’ambassadeurs de la gastronomie Japonaise. Après le restaurant de nuit au comptoir enfumé d’hier soir et le bol de riz au thon mariné de ce midi nous cherchons désormais une suite honorable pour parfaire ce tableau qui ne présente pour l’instant pas d’ombres.

Il fait bon, nous déambulons dans les rues presque piétonnes au gré d’enseignes démentes. Le quartier dans lequel nous vaguons a des airs de Broadway de la bonne chère nippone, le choix est si vaste qu’il en devient quasiment impossible.

La sobriété d’un bout de trottoir attire cependant notre attention.

Une table est installée sur la chaussée devant un petit bâtiment au mur blanc, sans enseigne et sans porte. A l’intérieur, un long comptoir fait face à un couloir d’un mètre de large au mur duquel sont accrochés quelques manteaux. Il n’y a pas de place pour y caller de quoi s’asseoir. Une vitrine installée au milieu du zinc propose deux ou trois salades à grignoter entre deux verres.

De notre côté du comptoir, une clientèle sans prédominance générationnelle est accoudée et papote facilement. De l’autre, deux jeunes serveurs s’activent et rigolent avec le public qui leur fait face. La serveuse, qui semble en charge des opérations porte un Tshirt noir célébrant les 60 ans d’un homme dont la photo est agrémentée de la mention “La vie ne fait que commencer”.

Alors que nous allons nous reposer un peu les jambes en prenant place sur l’unique table de l’établissement, un des clients s’interpose et nous invite à venir jouer du coude le long du bar pour profiter de la convivialité du lieu. Il parle bien français car il a habité à Paris durant 4 ans. C’était dans le 8ème d’il y a une quinzaine d’année. Il est très drôle. Il nous dit aimer Paris même s’il le trouve snob. Il vient du nord d’Osaka mais aime venir dans ce quartier pour s’encanailler, comme ce soir. Il suggère de mettre de côté la bière pour gouter au Saké, plusieurs fois, et partage un bol de salade de jeunes pousses que nous mettrons un moment à identifier comme étant du salsifis. Les serveurs applaudissent pour chaque ouverture de bouteille, certains clients se joignent à leurs exclamations. Nous pensions que le Saké devait se boire chaud, il nous explique que le bon Saké se boit froid, comme le vin blanc, illustrant ses propos dans un parallèle avec le vin chaud, qui est sympa mais qu’on ne peut pas qualifier de bon.

“Tu serais prêt à mettre de la cannelle dans ton verre de Bourgogne toi?”

Les toilettes sont dans le fond du bar et à chaque fois qu’une personne se déplace dans le couloir les serveurs clament des consignes d’optimisation d’espace en les illustrant avec les bras à la manière d’agents de pistes zélés. Ils applaudissent désormais à une cadence assez soutenue.

Après avoir parlé de Paris, du Japon, du bœuf de Kobe qui n’est pas du bœuf de Kobe s’il n’est pas acheté à Kobe, du saké qui est le meilleur du monde quand il est bu à Hokkaido, de la beauté d’Isabelle Adjani et de l’excitation inhérente aux passages du tour de France nous en arrivons aux confessions plus personnelles. Après avoir décliné une cigarette en apprenant la provenance continentale du paquet, il nous ouvre son cœur en reprenant son sérieux. Notre compagnon de comptoir déteste les chinois avec une grande sincérité. Ce n’est pas qu’il ai peur de cette super puissance voisine, il ne peut juste pas les sentir. Notre témoignage sur la sympathie des chinois lors de notre passage sur leur terres le fait à peine sourciller. Il en vient à nous confier ne pas particulièrement apprécier l’immigration en général, une histoire de culture japonaise qu’il faut conserver. Il nous dit cependant qu’en France ce n’est pas pareil, qu’on a déjà la multiculturalité inscrite dans notre patrimoine depuis bien longtemps et que ça en fait le charme.

D’autres clients veulent se joindre à notre joyeuse discussion mais sans parler anglais. Notre interprète investi ainsi une place centrale au sein de ce petit couloir aux effluves de Saké.

Les verres défilent au rythme des applaudissements, l’interprétation se fait de plus en plus confuse, les phrases se transforment en une mélasse linguistique difficilement interprétable, il est temps de nous séparer. Nous nous permettons une brève accolade et nous le laissons rejoindre son quartier.

Dans la rue il fait nuit, les lumières des enseignes se sont allumées tapissant les murs de la ville de couleurs extravagantes, donnant au ciel de notre quête du prochain point de chute gourmand des airs d’aurores boréales électriques.

La mousse ne prend pas

La nuit cache les frontières

Le murmure du morse

Tanabe, veille de la randonnée

Les enseignes sont plus discrètes, la foule a disparue, nous nous sommes bien éloignés d’Osaka.

Les maisons de Tanabe s’ordonnent le long de petites rues résidentielles dans un alignement paisible. Le ciel est couvert, nous ne savons pas si nous avons chaud ou froid mais les quelques fines goutes de pluie qui nous parviennent ne sont pas désagréables.

La porte en bois coulissante de la maison d’hôte est ouverte. Un sas au sol en béton lisse nous permet de nous débarrasser de nos chaussures avant d’entrer dans le véritable intérieur. L’organisation de l’établissement place le salon en son centre absolu. Le gérant y est agenouillé devant sa table basse. Il regarde quelque chose sur sa tablette. Une bouteille de nika est largement entamée à ses côtés. Derrière lui une vitrine chargée de statuettes promeut la culture bouddhiste. Sur le mur qui lui fait face un autel agrémenté de bâtons d’encens consumés honore un montage photo centré sur le Dalaï Lama. Une porte coulissante donne accès à une petite passerelle qui longe un jardin ponctué de plusieurs bassins à poissons rouges, de plantes vertes et d’icônes à la dimension sacrée aléatoire.

Les toilettes ont trois modes d’emplois et un boitier générant sur commande des bruits synthétisés de vagues caressant la côte, est fixé sur le mur.

Les femmes dorment au rez de chaussée, dans une chambre avec un lit superposé.

Les hommes quant à eux sont à l’étage dans une pièce qui dispose de trois futons à dérouler sur le sol.

Un des occupants a déjà préparé sa couche dans le fond de la pièce. Je prépare la mienne dans le côté opposé afin de garder une petite marge de sécurité, laissant un espace conséquent pour un éventuel troisième camarade de chambrée.

L’homme qui partage la chambre est discret, propre et organise ses affaires méticuleusement. Le calme serein de l’environnement se prête à la rêverie, un certain charme du dépaysement opère et il est bon de se retrouver dans l’univers des auberges que nous voyions avec tant de distance à travers les films ou les dessins animés.

Un grincement de plancher lourd et lent provient soudain des escaliers. Le gérant ouvre le rideau qui nous sépare du reste de la maison et regarde derrière lui. Au son des grincements s’ajoute celui de souffles engorgés. Un homme bien portant, légèrement rougi par les quelques marches grimpées suit le gérant et pénètre dans la chambre. Il sent légèrement le saké et son look correspond à celui de VRP pour aspirateur japonais, avec chemisette blanche, pantalon noir bien repassé et des chaussettes avec orteils indépendants. Il ronfle avant même de s’allonger. Comme pour le bouledogue en fin de race, il semble manquer de dextérité quant à l’accomplissement de la tâche pourtant assez standard et essentielle de la respiration.

Le bruit lourd du souffle encombré, fait froid dans le dos. Il s’accompagne de quelques grommèlements, comme s’il cherchait à accompagner toute tentative de mobilité de vocalises aléatoires. Son exercice de gestion de l’activité pulmonaire conjugué à la digestion du saké doit être épuisant car il s’endort rapidement, en prenant soin d’orienter son visage vers le mien. Son sommeil est aussi lourd que son pas mais son corps ne semble pas en reste d’activité physique. Cela fait cinq minute qu’il s’est éteint, quelques légers balancement latéraux l’entraînent dans un véritable roulement, lui faisant franchir le périmètre de son futon pour venir empiéter sur le mien jusqu’à un chevauchement partiel. Sa jambe couvre désormais la mienne, son bras est appuyé sur mon dos. Que convient il de faire? Faut-il tourner le dos au problème? Faut-il faire face? Faut-il se lever et le pousser des deux mains? Faut-il garder son calme ou lâcher une bonne vieille exclamation de mécontentement aussi ridicule que celles que nous pourrions sortir lorsqu’on nous klaxonne?

Une première tentative consiste à lui toucher l’épaule aussi timidement que vainement. Le tapotement se transforme vite en repoussement vigoureux. L’homme ne se réveille pas mais entame un fredonnement assez musical en maintenant son ronflement appuyé et humide. Nouvelle tentative de poussée, l’homme roule sur lui même jusqu’à me laisser une place suffisante pour la qualifier d’espace vital. Il faut profiter de la fenêtre de sommeil, choisir à la hâte le podcast le plus ennuyant pour couvrir les ronflements aléatoires entrecoupés des mélodies caverneuses et ainsi parvenir à sombrer.

L’odeur du pin frais

Le crabe fuit le mal de mer

L’horizon ondule

Kumano Kudo, jour 1

Nous sommes partis en bus de Tanabe pour ensuite marcher sur une quinzaine de kilomètres au milieu des pins, des bambous et des petites statues sacrées érigées à la gloire des légendes de ce chemin de pèlerinage ancestral. Nous approchons de la fin de la première journée sur les quatre prévues pour boucler cette petite traversée.

Séduits par une affiche assurant la promotion d’un site de camping, nous avons pris de l’avance sur la journée de demain en grimpant une dernière côte à la pente sévère. La route bitumeuse est abandonnée de tout courant d’air frais et l’heure à laquelle nous l’empruntons ne permet pas aux arbres qui la bordent de nous soulager de leur ombre. Il fait donc assez chaud, la journée de marche nous tire un peu en arrière. Nous plaçons beaucoup d’espoir sur le salut de ce camping providentiel.

Le bout de jardin tant espéré est investi, la tente est tentée et nos sacs déchargés, libérant ainsi les trombes de sueurs accumulées sur le dos. Nous avons payé plus cher que prévu, car nous avons payé quelque chose, mais nous sommes bien installés. Le propriétaire nous incite à prendre une douche en vitesse avant que les occupants de l’habitation disposant de sanitaires n’arrivent à leur tour. Nous nous lavons donc rapidement dans leur grande maison, jouissant d’une abondance d’eau fraîche accroupis dans un grand récipient cubique en métal.
Le propriétaire de l’endroit nous montre les montagnes voisines qui s’étendent à l’horizon. L’une d’entre elle est nommée la fille qui dort. Il trouve cependant ce nom inapproprié car elle ne ressemble pas à une fille, à moins qu’elle n’ait deux nez.

Il nous avertis que de petits bruits peuvent être entendus pendant la nuit. Si c’est le cas ce sont des daims.

Les robinets présents sur le campement sont hors services pour permettre l’irrigation des rizières environnantes. L’accès à l’eau se fait soit par son intermédiaire soit en se rendant au centre d’hébergement d’urgence situé à une centaine de mètres, aménagé pour parer au type catastrophes naturelles qui ont fait la réputation du Japon.

Le centre est abrité de la pente par une solide construction en béton. Une rangée de lavabos longe le bâtiment. L’intérieur est investi par une grande salle au sol couvert de tatamis équipée avec une centrale semblable à un karaoké d’urgence, des projecteurs puissants, deux vaisseliers et des toilettes sans cuvettes.

Un chuchotement

Le village paisible reste sourd

les arbres, eux, s’inclinent

kumano kudo jour 2

Le sentier est propre et les forêts sont profondes. Tout le long du parcours nous croisons d’élégants refuges de la taille de cabanes à oiseau abritant des tampons dont les usagers du sentiers se servent pour témoigner du bienfondé de leurs exploits.

Par moment nous sortons de la forêt pour y rencontrer des villages paisibles, vivant tranquillement au son de l’eau qui coule, que ce soit dans le lit en galet d’une rivière ou dans des gouttières en bambous déversant leur filets rafraîchissants sous le regard de figurines marquées par l’humidité.

Les rondins de bois mis à disposition nous permettent d’attendre notre bus à l’ombre. Les cinq anglaises que nous avions croisé hier nous demandent de nos nouvelles avec bienveillance.

Leur compagnie est sympathique mais nous nous serions bien passés de l’heure d’attente sur le parking municipal faisant office de terminal routier si les trente kilomètres parcourus aujourd’hui n’avait pas cette forte influence sur notre appétence en marche non nécessaire à la survie.

Nous avons atteint une clairière pour la nuit.

Tout prête à penser qu’il y avait jadis en ces lieux de grandes colonies, que ce fut un lieu de villégiature prisé aux installations dernier cri. Puis il a du y avoir une attaque de zombis ou une mauvaise note sur le trip advisor nipon et tout fut laissé en plan. On nous avait pourtant averti être en pleine saison touristique. Niché dans un modèle de prototype avorté de cité thermale le camp que nous avons atteint est comme abandonné. Il consiste principalement en une étendue d’herbe dominant un cours d’eau et bordée de quelques cabanons vitrés poussiéreux. Dans un grand abri, une suite de longs lavabos en béton fait face à une rangée d’une dizaine de barbecue en briques. La réception est, elle, aussi vide qu’une voiture de la ligne 3b un 1er janvier.

Un camping car est garé seul sur la pelouse. Sur son perron, un homme en maillot de corps blanc lave son bol en plastique. Il semble bien maitriser l’art du camping organisé, il devrait pouvoir apporter de précieuses réponses sur le fonctionnement du lieu. Malgré une incompatibilité linguistique totale et grâce à de nombreux sourires et d’innombrables révérences, il nous accompagne à l’hôtel voisin pour nous permettre de nous inscrire.

Les trente kilomètres de la journée nous ont bien attaqués les jambes, nous sommes d’une mollesse inouïe. Le soleil à peine couché nous nous laissons bercer par le bruit du cours de l’eau et par les quelques grenouilles, attirées par une présence manifestement assez inhabituelle dans leurs quartiers.

Un bain incertain

Le témoin comprendra bien

mais le souffle reste court

kumano kudo jour 3

La journée est sensiblement marquée par les séquelles de la veille. Les quelques étirements effectués à côté de la tente semblent avoir plus d’effets sur l’auto-dénigrement de notre souplesse corporelle que sur l’allègement de nos jambes.

Heureusement la piste d’aujourd’hui est plus courte et les pentes semblent moins vicieuses. Nous arrivons assez tôt au campement pour pouvoir profiter d’une après-midi de vautrage bucolique. La zone de bivouac prend ses aises sur la pelouse d’un grand établissement thermal dont nous pouvons profiter des bains. L’idée de pouvoir se laisser décanter tranquillement dans un bain brûlant fait déjà à elle seule office de relaxant.

Il paraît qu’il convient de s’y baigner nu, c’est du moins ce qu’on nous avait dit avant de partir. Aucune indication ne fait mention de la tenue à adopter dans le vestiaire, et la pièce du bain commun est vide de monde. Un petit bassin occupe l’angle de la salle, face à des fenêtres ouvertes en hauteur qui permettent de faire rentrer un peu d’air. Des douches à hauteur d’enfant, semblables à celles de piscines pour écoles maternelles, bordent le reste de la salle. Elles sont toutes équipées d’un tabouret en plastique et d’un petit récipient. Un long miroir suit le mur à une hauteur qui contraint l’utilisateur de la douche à s’assoir. Le réceptionniste peine à nous éclaircir sur le protocole à suivre, il ne parle pas anglais et le sujet, pour être abordé sans parole, nécessite un niveau de mime bien supérieur au nôtre. Par crainte du malaise évident inhérent à la situation dans la quelle le nudisme n’aurait pas été de rigueur, nous n’osons pas la tenter en commando. C’est donc en véritable poule mouillée en maillot de bain que nous nous glissons dans l’eau brûlante de la grande baignoire en faillance. L’effet de l’eau brûlante est instantané sur les jambes alourdies par les marches des derniers jours. Le souffle accéléré par le contact de l’eau ralenti tranquillement à mesure que notre corps se liquéfie. Nous nous étalons ainsi doucement contre la paroi jusqu’à former une masse molle et flétrie au sourire béat.

Les effets décontractants du bain brulant s’estompent à peine. Nous flottons à présent dans les environs de notre zone de bivouac, portés par la nonchalance des corps soumis à de hautes températures et attirés par un bruit de rivière. Une passerelle métallique suspendue à l’arrière de la tente amène sur une petite plage de sable au milieu de galets. La rivière y interrompt un instant sa course pour former un bassin à l’eau douce et limpide. Après avoir joué un peu avec le courant nous nous allongeons sur la rive. Un aigle plane sur le bassin puis va se refugier dans la forêt. Ce serait peut être l’occasion de faire une bonne grosse sieste.

Le sage vise le ciel

Il lui faut lever les yeux

faire moins le malin

Kumano Kudo jour 4

Nous sommes dans le train qui nous ramène vers Tanabe. C’est un retour en douceur à la civilisation après quatre jours dans les forêts, à grimper et à descendre des escaliers, qu’ils soient en pierres couvertes de mousses, taillées proprement dans la roche ou en rondin de bois enfoncés dans la terre. Au XIIem siècle, un poète éprouvé par l’ascension de cette partie du pèlerinage se serait fendu d’une prose profonde qui pourrait être traduite ainsi: “Putain c’était horrible, il n’y pas de mot pour dire comme c’est dur.”

Les assiettes défilent

Le chef fait face au brasier

Les tigres ne dorment pas

Tanabe, vieille du départ pour Kyoto

La tente a repris sa place au fond du sac et le sac la sienne dans un coin de l’auberge. Afin de célébrer nos retrouvailles avec la vie sans balises, nous décidons de foutre en l’air notre régime de nouilles instantanées et de poissons en conserves pour aller nous accouder au comptoir d’un Yakitori.

Nous nous écartons du passage investi par les établissements aux devantures ventant la légèreté des mœurs pour atteindre la ruelle dont le calme est à peine perturbé par le son des rires s’échappant du restaurant et par la lumière orangée de ses lampions. Deux grandes tables basses carrées y sont investies par des groupes de garçons trentenaires aux mines enjouées. Le long comptoir qui encercle la cuisine est quant à lui occupé par des filles qui s’envoient des brochettes en picolant des bières. Ce comptoir est habillé d’une multitude de figurines aléatoires et d’une collection de bouteilles de saké aux formats variant de la flasque du poche pour les cas d’urgences au mastodonte s’apprivoisant à deux mains des grandes opccasions.

En cuisine, une télé fixée à hauteur de plafond diffuse un match de baseball impliquant les Tigers d’Osaka, dont les couleurs ponctuent largement la décoration anarchique du restaurant. Grand fan de ce qui se passe sur l’écran, le chef ne peut retenir d’accompagner les rares scènes d’action du match par de petites clameurs contenues. Il a la barbe grisonnante, porte un Tshirt kaki, une balle et une plaque autour du cou. Son assistant est vêtu d’un Tshirt noir aux manches remontées sur des bras maigres. Les deux ont une couronne en serviette enroulée sur la tête. Ils enchaînent les brochettes sur le grill et nous transmettent les assiettes en tendant le bras par dessus leur comptoir des curiosités.

Chaque petite assiette en appelle une autre. Portés par l’ivresse de l’exploration culinaire, nous saignons le menu en oubliant presque que nous sommes au Japon et que le prix de ce genre de dérapage fait généralement office de douche froide.

Demain nous devrions retrouver une ville à l’échelle japonaise. Nous avons en tout cas prévu de prendre le train pour Kyoto.

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