Philippines, à l’abordage d’une constellation

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Nous avons quitté la Chine sans avoir pris le temps de voir où nous tombions. Plutôt que de céder à la panique, tentons d’organiser un peu nos pensées en mettant en pratique nos compétences en gestion de projet.

Prendre de la hauteur pour visualiser le contexte

Le petit écran accroché à l’avant du bus diffuse des blocks busters à la chaîne pour occuper ses nombreux passagers. Nous pouvons successivement voir défiler une surfeuse en mal de sensations fortes coincée sur un rocher qui doit tuer un requin pour sauver sa peau, Tom Cruise se bagarrant dans Paris et Dwayne The Rock Johnson sauvant sa famille d’un gratte ciel démoniaque.

Nos voisins sont captivés. Le bus étant blindé, nous avons tout juste réussi à nous insérer au milieu de la banquette arrière, cette position nous permet de goûter à une promiscuité fraternelle aussi moite que conviviale avec nos cobanquetiers. Le soleil cogne sérieusement sur notre vaisseau et la lumière orange qui passe au travers des rideaux donne à l’extérieur des allures de fournaise démoniaque. Alors que nous entamons à peine notre sortie de Manille, une étudiante en uniforme passe dans l’allée centrale en vendant des chicharons pour financer ses études. Elle est suivie par un homme qui offre des parts de gâteaux avant d’en proposer la vente en format fête de famille. Le gâteau luit, comme marqué lui aussi par la température extérieure. Certains passagers en prennent plusieurs boites.

Les films diffusés sont en version originale non sous titrée, les philippins parlent en effet un anglais proche de la perfection. Que ce soit pour prendre des billets de bus, pour commander des gobelets de dumplings ou pour demander notre route, c’est un peu comme si nous retrouvions des amis. La liberté de pouvoir converser avec tout le monde nous apaise et nous en rajoutons toujours un peu plus que nécessaire afin d’élargir la taille du bout de gras.

Grisés par cette soudaine capacité à communiquer avec le monde qui nous entoure, nous avons écouté les recommandations du premier chauffeur de taxi croisé, nous laissant ainsi porter au terminal du bus pour rejoindre Baggio. Il s’agit, d’après lui, d’une ville assez centrale pour pouvoir rayonner dans les environs et idéale pour nous imprégner de la culture des villages isolés des montagnes. C’était sans compter les temps de transports qui différent un peu des bullet trains chinois. Dans cette région en effet, on parcourt progressivement plus qu’on ne rayonne furieusement.

Malgré des rideaux quasiment toujours fermés et notre fascination pour ces courses poursuites endiablées dans lesquelles non pas une mais deux bombes nucléaires sont traquées par l’élite des agents secrets dans une mission manifestement pas impossible, nous pouvons dans de brefs moments contempler l’univers des philippines intérieures.

La chaussée y est propice à un type d’exposition publique que nous ne risquions pas de voir prospérer sur le territoire chinois. En véritable galerie de portraits à ciel ouvert, la rue se pare de ses couleurs les plus vives pour attirer l’attention sur ses représentants. Que ce soit pour des candidats locaux ou nationaux, des affiches électorales sont exhibées dans une frénésie incontrôlée sur des supports rivalisant d’inventivité. La plupart des maisons, des commerces, des portières de voitures, des poteaux électriques, des arbres, des cordes à linge, des fontaines à eaux ou des paniers de basket contribuent ainsi à ce trombinoscope politique national. Nous sommes manifestement au milieu d’un cyclone électoral virulant, dont le son des cortèges partisans animent les rues des villages à grand renfort de musique amplifiée et de cotillons.

D’autres affiches sont également politiques mais ne se réfèrent pas aux élections à venir. Un autre type de campagne vise en effet à toucher les citoyens au travers des messages tels que “No Deal with the Tobacco Industry”. Si le paquet de clope ne coûte quasiment rien et peut être soumis à de la publicité ou à des offres promotionnelles, fumer et vapoter est quasiment proscrit dans tout l’espace public de la région, les fumeurs étant tenus de se limiter à des zones dédiées à cet effet. Les gens obéissent.

Dénicher les zones d’ombre

Le terminal de Baggio est chargé. Les agences de transport s’enchaînent le long d’un trottoir sur lequel des hommes crient des noms de destinations en pressant les passants à se joindre à leurs odyssées. Un policier en uniforme tape sur la paroi de notre bus pour en guider la manœuvre. Son aide est la bienvenue car le trafic soutenu de cette petite rue en pente, point de convergence des différentes flottes et d’une foule d’usagers nonchalants, ne facilite pas ce genre d’insertion.

A l’arrière du bus en stationnement voisin, sur le bitume précédant la route, trois hommes en tongues s’affèrent à réorganiser des sacs en plastique volumineux contenant, entre autres, des pousses d’épinard, des carottes et des piments. Ils sont vêtus de polos promotionnels qu’ils remontent sur le torse, certainement pour en faciliter l’aération. Ils ont la musculature sèche et la peau foncée.

Le bus est climatisé mais l’air qui arpente les rues est chaud, lourd et humide. Sur le goudron, le moindre effort nous fait transpirer à grosses goutes. Les rues sont raides et nous avons tous nos sacs sur le dos, nous sommes donc trempés au point d’avoir les yeux qui piquent, les lunettes inutilisables et le t-shirt dans une fusion humide avec notre corps. Notre style est pitoyable mais le ridicule ne nous a toujours pas tué.

La ville propose de nombreux points de vue panoramiques sur ses collines. Nous les voyons couvertes de maisons aux couleurs écaillées, construites dans un équilibre incertain mais timidement renforcé par de maigres supports en béton décrépi. Il semble qu’il fasse toujours un peu nuit. Le soleil se couche relativement tôt, le ciel est couvert et les petites rues à l’éclairage éparse sont chargées de jeepney, transports en commun très probablement inspiré des rêves d’un enfant fiévreux, à mi chemin entre le véhicule militaire et le parc d’attraction désaffecté dont les échappements compensent largement les bienfaits de l’interdiction de cloper. Comme parées pour un concours, elles sont toutes ornées de différents accessoires et peintes à la mains dans des couleurs vives. Les fresques passent du sacré au burlesque avec une décontraction déroutante. Cette liberté totale dans le melting pot culturel leur permet de s’affranchir de toute transition entre un Jésus aux yeux projetant des lasers de bénédiction et Woody wood pecker à cheval sur une fusée aux dents de requin.

Plusieurs passerelles en béton permettent de passer au dessus du flot de jeepney de l’artère principale pour rejoindre les allées obscures d’un long marché couvert. Des fleuristes s’établissent en marge des stands officiels offrant ainsi un peu de fraîcheur aux trottoirs. Nous ne sommes pas les seuls à apprécier cette touche de légèreté car des colonies de rats gigantesques y ont établi résidence. Leur présence nous fait sursauter mais ne surprend pas vraiment.

Définir les limites

Nous sommes dans le bus qui nous redescend vers la plage de San Juan. Nous y allons pour prendre un peu de soleil avant de retourner dans les montagnes.

Sur le siège voisin un couple mange des morceaux de poulet fris issu d’une des chaînes de fast food qui abondent dans les villes. Eux ont opté pour la branche représentée par une abeille rouge avec une toque. Leurs boutiques ont le géni de réussir à combiner la fonctionnalité du Mac Do au charme du Flunch.

Cette fois nous avons pu avoir une fenêtre.

Au milieu d’un forêt tropicale épaisse, les villages s’entassent comme des rizières, à flanc de colline.

Les nuages confinent la ville dans un cocon humide ne laissant voir à l’horizon que la grise promesse d’un avenir pluvieux. Le ciel éclate alors que nous entamons notre descente hors de la ville, se déchargeant par trombes de l’humidité récoltée dans ses nuages épais. De la pluie sur les hauteurs et un soleil plombant sur le sable, la météo fait ce qu’elle peut pour calmer les volcans.

Temporiser pour planifier

Nous sommes à San Juan, le soleil fait son boulot et nous cuit à la moindre occasion. L’auberge de jeunesse en paillotes s’ouvre sur une grande plage où stationnent des écoles de surf. Les courants nous interdisent l’accès libre à cette mer d’eau brûlante. Nous pouvons la regarder un peu mais le sable en fusion et l’absence de coin ombragé nous remettent vite à notre place. La seule zone où nous pouvons nous installer est le bar de l’hôtel, nous devons donc nous y replier pour prévoir une nouvelle escale. La San Miguel édition Philippines vendue par seau de demi douzaine et l’observation des philippins en Week-end sur la côte nous occupent largement en attendant notre retour sur les hauteurs de l’île.

Mobiliser ses ressources physiques pour surmonter les obstacles

Le chauffeur a optimisé l’espace disponible au sein de son royaume. Les sièges devant nous sont proches et nous obligent à plier les genoux de trois quart à la manière des anciennes speakerines aux tailleurs trop serrés.

Le minibus qui nous amène à Kabayan est complet, un vieux monsieur aux mains abimées et à la moustache en bataille n’est séparé de nous que d’un petit carton qui laisse dépasser une tongue bleue et jaune.

Un travesti est à l’avant. Il/elle porte une chemise à carreau bleu et noir, un jean slim et se distingue des autres passagers par une coupe au carré auburn extrêmement lisse. Les philippins semblent très à l’aise avec les différentes facettes LGBT et de nombreux personnages exubérants se croisent que ce soit dans les médias ou bien dans le quotidien.

Le petit carton qui nous sépare du vieux monsieur piaule à présent, un bec se faufile d’entre ses pans. Deux petits poulets aux plumages éparses s’éprennent de liberté et forcent l’ouverture de la boîte. Au terme d’un combat d’une demi-heure, un d’eux parviendra à s’évader avec perte et fracas, bâtant de ses ailes maigres en hurlant et en sautant avant de se refugier sous un siège ou il finira son voyage en tremblant.

A notre arrivée nous devons nous passer par un centre médical. Des cartons de médicaments sont entassés dans le hall et deux bancs nous permettent d’attendre notre tour. Une infirmière prend notre tension pour établir un certificat médical d’aptitude pour l’ascension des 1600m du Mont Pulag sur laquelle nous avons choisi de nous ruiner les jambes.

Elle porte la combinaison désormais classique du tongues, jean et polo rose. Elle a environ la cinquantaine. Son visage entouré de long cheveux noirs et raides ne sourit pas vraiment.

Après nous avoir demandé d’où nous venions elle nous dit:”
-J’aimerais beaucoup venir en France
-Vous seriez la bienvenue!
-c’est ça, quand les cochons auront des ailes. Personne ne peut sortir de ce pays.
-…”

Nous sommes aptes à marcher, mais un peu sonnés par la réponse. Ses dernières formules de politesse ont un goût légèrement teinté de cynisme.

La gérante de l’hôtel nous a dit de prendre un tricycle, sorte de moto taxi side car, pour nous rendre au début du sentier de rando.

La pluie est tombée toute la nuit mais ce matin le ciel est dégagé. Un garde forestier, nous voyant attendre poliment au bord de la route avec les mouches et les chiens errants, nous propose de le suivre jusqu’au point d’accueil du sentier.

Nous y rencontrons Benedict, guide local de trente deux ans. Le sentier commence paisiblement sur une petite heure avant d’atteindre la base du mont. Sur cette portion Benedict nous montre les traces des soldats japonais, venus envahir les philippines durant la seconde guerre mondiale. L’action des japonais dans le coin a marqué les esprit locaux à peu près autant que la victoire inconditionnelle et héroïque sur les nazis a marqué les russes. Il en profite pour nous raconter quelques anecdotes terrifiantes sur le comportement de ces envahisseurs, s’adonnant à la pratique d’un bilboquet sanglant en s’envoyant des bébés sur des baïonnettes.

Benedict nous confesse une certaine passion pour la chasse au trésor. Il est convaincu qu’il y a de quoi se refaire dans ces montagnes. Pour illustrer ses propos il nous montre une photo de sa prise la plus fameuse, une vieille douille de fusil japonais. Arrivés au camps en début d’après midi nous avons le temps de ne rien faire. Ce qui convient parfaitement à notre guide. Il nous apprend le Posoï et nous parvenons à le convaincre d’exécuter quelques exercices de MMA afin de tester le slow motion de notre appareil.

Un groupe de randonneurs nous rejoint en fin de journée sur notre camps. Nous faisons la connaissance de Chin. Chin est à la fois coach en natation, start upper innovant dans le monde de la hot sauce et ex étudiant en géopolitique internationale. Il nous interroge sur les conflits qui ont lieu en ce moment en France et semble véritablement inquiet pour notre pays.

Nous nous relevons en plein milieu de la nuit pour atteindre le sommet au lever du soleil. Benedict semble particulièrement motivé par sa petite équipe et nous complimente régulièrement sur le rythme de la balade, nous acceptons les compliments en dissimulant au mieux notre souffle roque et notre teint livide. En nous approchant du sommet nous voyons ligne de lumières se dessiner au loin dans la nuit. Il en est maintenant persuadé, nous allons arriver les premiers. Au sommet il publie une photo de notre petite équipe sur les réseaux sociaux pour s’en féliciter. Une demi heure plus tard nous voyons les premiers autres randonneurs nous rejoindre, puis le flux s’intensifie. Hazard du calendrier nous sommes arrivés aux philippines au début de la semaine sainte et nous atteignons le sommet du mont pulag pour son premier dimanche. Nous nous rendons compte également qu’il existe deux parcours pour atteindre ce point de vue: le nôtre, avec ses 1600m de dénivelé en 5km et un autre, beaucoup moins raide, accessible en deux heures depuis un village un peu plus élevé.

Notre guide nous propose de finir la balade par ce deuxième sentier. Il ne l’aime pas trop car il n’y a pas assez de pentes raides à son goût.

La balade est finie. Nous attendons un moyen de transport pour nous ramener jusqu’à notre point de départ mais il n’y en a pas pour nous. Une dizaine de motos sont garées en pagailles en face d’une épicerie. Une échoppe diffuse the winner takes it all de ABBA à un volume tel que toute la rue peut en profiter. Benedict joue sur son portable. Des jeepnney passent sans nous regarder. Un arrêt de bus en béton peint en blanc nous préserve du soleil. De l’autre côté de la rue une femme attend sur un banc longeant la façade d’un médecin. Une école se trouve légèrement en hauteur de la rue. Benedict nous a fait comprendre qu’il n’y a pas d’alternative à l’attente. Nous n’avons ni livre, ni carnet, ni hamac, ni batterie, ni bar, ni notion du temps que ça va prendre. Nous avons fini de marcher à 9h. Il est midi. Un peu fatigué par la brièveté de la nuit, ne comprenant pas vraiment ce qui nous a amené à ce stade végétatif, nous nous énervons doucement et bêtement.

Veiller au suivi des marges

L’arrêt entre Port Barton et El Nido nous fait du bien.

Nous sommes à Taytay pour trois nuits. Le nom de la ville s’affiche fièrement en grandes lettres blanches sur les hauteurs de la ville sans qu’on ne sache vraiment pourquoi.

Une compétition de basket ambiancée a lieu tous les soirs sur le terrain municipal voisin de l’hôtel. Un maître de cérémonie anime les match au micro de façon à ce que toute la ville puisse goûter à la tension qui se vit sur le terrain.

Afin de compléter l’animation sonore de la cité, l’église, de l’autre côté de la rue principale, manifeste régulièrement la ferveur de sa foi par la diffusion amplifiée de chanson ou de prière.

Un fort, vestige de la colonisation espagnole, ancien rempart contre les pirates/musulmans locaux, trône au bout de la rue principale. Un timide musée abrité sous un jardin fleuri y raconte les aventures de Magellan dans le coin. Il y est question d’enlèvement, de trahison, de princesse, de conquérants présomptueux et de rois fous.

Des maisons sur pilotis sont coincées entre la mer et la colline densément boisée. Certaines sont joliment ornées de plantes vertes, d’autres sont peintes coquettement, d’autres encore ont des cochons en enclos. Des cris proviennent d’un karaoké situé en plein centre de ce quartier flottant. Des enfants nous saluent de leurs fenêtres et courent dans les allées tordues.

Une digue a été construite récemment pour protéger les pieds de ce village suspendu.

Sur la place principale, des paillotes se cottoient pour vendre à peu près tous la même cuisine. C’est bon et abordable. La nuit, un écran géant diffuse la télé en plein air. Il s’agit d’un programme jumelant la comédie romantique et la science fiction.

Des bases d’échaffaudage sont à disposition pour ne pas avoir à s’assoir sur le sol. Des enfants s’en servent pour quelques accrobaties et rigolent quand ils voient qu’on les regarde.

Les serveurs passent d’une paillotte à l’autre, attendent beaucoup mais tranquillement. Les patrons d’un des restos jouent avec leur petit fils. A peine en âge de marcher, ils le font néanmoins danser sur Gangan Style en riant et en tapant dans les mains pour l’encourager. Un vieux monsieur chante avec entrain sur un morceau de Beatles en faisant ses comptes. Sur une table voisine, un groupe trentenaires prend une girafe de bière tiède et un plat de pâtes gargantuesque.

La nuit, le fort est éclairé par des projecteurs, les enfants font des ombres chinoises pour que leur mains prennent des dimensions monstrueuses. De temps en temps l’électricité s’arrête. La ville continue de vivre doucement dans le noir. Ou va se coucher, profitant de l’interruption des exclamation du match de basket pour ne plus être bercé que par les bruits des petits animaux qui zonent sous les grilles de nos fenêtres.

Ménager ses équipes, le team building par le happiness management

Des centaines de minuscules fourmis s’échappent du cahier sur lequel nous prenons ces notes. Apres avoir repris le contrôle de nos chambres d’hôtel, la nature reprend ses droits sur nos sacs.

L’aéroport est flambant neuf, climatisé, les bancs sont en bois sombre et des rafraîchissement sont mis à disposition. La salle d’attente se compose quasi exclusivement de touristes au teint doré par le soleil puissant qui arrose les baies environnantes. Les bestioles qui émanent de nos personnes font un peu tâches dans ce hall propret.

Nous sommes à El Nido, pointe nord de l’île de Palawan dont les plages jouissent d’une réputation mondiale.

Nous avons atteints les plages paradisiaques qui illustrent à merveille les façades des agences de voyage, les eaux transparentes, les cocotiers, les pieds chauffés par un sable étincelant, le maillot de bain comme inséparable compagnon. Nous devons laisser nos badges de voyageurs pour rejoindre les rangs des vacanciers, compartissant nos journées entre la quête de la plage la plus conforme à nos attente et celle du bar côtier au sein du quel se vautrer en sirotant des rhums coca pour regarder le soleil se coucher.

Assurer la pérennité du projet, parier sur les générations futures

Le ferry quitte l’île de Bohol et nous avec lui.

Nous voyons s’éloigner les forêts de tarsier, les rizières avec vue sur la mer, les plages assaillies de philippins grisés par la célébration de la semaine sainte, la ville balnéaire coréano compatible, les virées en scooter entre sentiers squattés par des chiens maigrichons et les routes goudronnées longeant une côte infinie, les collines nues surgissant en plein cœur de champs ensoleillés et nous laissons surtout TJ, Aisha, Ana et leur pote Justin, quatre enfants en vacances à domicile assignés à résidence avec nous pour quelques jours.

TJ a 13 ans. Il aime le basket et aspire à vivre seul dans la forêt.

Aisha a 12 ans. Elle ne se plaint jamais et si besoin se définit selon ce dessin.

Ana est la petite sœur d’Aisha. Elle aime les chiots et suivre ses ainés.

Nous faisons rapidement connaissance avec cette équipe pour les accompagner dans de la conception de lance pierre artisanaux, des entraînement de basket sur un panier buriné trônant au beau milieu de la cour de récré de fortune qu’incarne le jardin de l’hôtel, des parties de Dos, petit frère inconnu du Uno sur lequel ils auront créé des règles conférant aux parties une durée de jeux complètement démesurées, l’observation des poissons qui occupent le petit étang et l’arrosage de la pelouse.

Le terrain de jeux se tient entre les murs en parpaing nus, la piscine dans laquelle ils ne peuvent pas se baigner et la grille qui sépare ce cocon de verdure de la piste asséchée squattée par les chiens maigrelets.

TJ fait des aller retours en vélo le long de la quarantaine de mètres du jardin. Ana assise sur la selle, les jambes dans le vide, ri à chacun des passages devant nous.

Avec son pote Justin, TJ aime chasser les oiseaux au lance pierre. La tâche n’est cependant pas aisée car les oiseaux résistent bien aux cailloux. Il aime également les pièges mais ne parvient qu’à récolter que quelques plumes de cette facon. Ce qui l’impressionne le plus reste la chasse au bâton. D’après lui, un coup suffit pour abattre l’oiseau. Justin lui a montré. TJ ne chasse pas seulement pour le plaisir, il confesse ainsi que le problème des oiseaux est qu’il n’y a pas grand chose à manger. Bien moins que sur un poulet. TJ et Justin ne gâchent rien et ne tuent pas en vain. Les proies ainsi tuées sont donc décapitées, vidées, éplumées pour être ensuite rôties au feu de bois. TJ nous signalera tout de même le risque de certains troubles digestifs liés à cette pratique.

TJ possède également une chaîne YouTube sur laquelle il fait des critiques de jeux vidéo. Il compte bien se faire un peu d’argent avec et n’hésite pas à exhiber sa plus populaire, où les 16 vues brillent en lui comme autant de promesses de viralité capitalisable.

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