Mongolie, Gobi or not Gobi

Arrivée paisible et résolutions rassurantes

Mongolie j0

Le grand luxe. De Ulan Udde à Oulan-Bator nous nous vautrons dans les draps impeccables d’une deuxième classe clinquante. La perspective de nous détendre quelques jours dans ce que nous serons amenés à écrire Ulaanbataar, parce que nous aimons ce genre de petits détails qui nous donne un style international, s’ajoute au confort de la cabine individuelle pour nous laisser aller à une certaine décontraction.

Nous arrivons en effet en Mongolie. Aux dires de la météo, notre pâleur intégrale devrait encore nous coller à la peau pour quelques temps mais cette nouvelle avancée dans les profondeurs de l’Asie a un goût exotique. Nous avons donc prévus de prendre quelques jours, le temps de planifier notre route, afin de ne rien oublier et de ne pas se faire berner par le premier guide venu. La douane nous gratifie gentiment d’une visite nocturne et nous pouvons nous endormir la tête pleine de rêves, réconfortés par le sentiment sincère de faire les choses bien.

Le train arrive juste avant l’aube en gare d’Ulaanbataar. Nous chargeons nos affaires sur le dos et posons le pied sur le quai. Si la frontière asiatique est dépassée depuis quelques temps maintenant, cette fois ci nous le sentons vraiment. Nous sommes en Asie.

Un bout de cadavre et une procession mystique

Mongolie J0 h+5

La tête de cheval découpée semble nous regarder avec une incompréhension inerte. Est-il noble pour le cheval de se retrouver le crâne gisant sur un tas de cailloux? Poggy, la guide qui nous a récupéré sur le quai de la gare quelques secondes après être descendu du train, ne comprend pas la question. Nous continuons donc pieusement notre procession. Afin d’attirer la bienveillance des dieux sur notre voyage nous devons faire trois tours le long d’un totem solidement ancré dans un tas de cailloux grillagé.

La constellation de bouteilles de lait vides, les quelques béquilles rouillées et la tête de cheval en guise d’offrande donnent ce matin à la tradition mongole des airs de célébrations mafiosi.

Des drapeaux multicolores apportent néanmoins un peu de vie en flotillant solennellement sur cette oeuvre d’art brut, couvrant le totem à la forme indéfinie, mi hippique mi spectrale.

Nous sommes partis pour neuf nuits et donc une dizaine de jours sur les vastes pistes du sud de la Mongolie. Selon le programme de Poggy, au cours de ce périple, qui n’est évidemment pas pour touristes, nous allons dormir chez l’habitant , en l’occurrence des familles nomades, pour une exploration du désert de Gobi.

Tout est décrit comme étant très beau et extrêmement authentique.

Si pour l’authenticité nous pourrons toujours avoir des doutes car nous serions bien mal placés pour authentifier une yourte, en ce qui concerne le très beau nous sommes vite mis dans l’ambiance.

Non pas que les carcasses animales en décomposition collent vraiment avec notre notion de la beauté mais les collines dorées qui bordent l’horizon le long de la route de sortie d’Ulaanbataar nous permettent de plonger rapidement dans une contemplation béate de ce qu’il se passe par la fenêtre du van.

Cinquante nuances de lait et exploration sustentatrice

Mongolie j0 h+6

Dégustation de lait de jument fermenté, sorte de rite initiatique quotidien servi par pinthe ou bol qui hante quiconque n’ayant pas été biberonné à ça, tout d’abord pour son aigreur acide puis par son odeur terrifiante.

Puis découverte du thé mongol, lait de vache cuisiné avec des épices et parfois du miel, nettement plus accessible que le lait de jument.

La voiture est remplie de bouffe et de vodka pour pouvoir honorer la tradition de partage avec les propriétaires yourtiers amenés à nous accueillir dans leur monde.

De l’huile sur le goudron et un relai anticipé

Mongolie J0 h+7

Quelqu’un a du mal effectuer ses trois tours de totem, ou alors il a croisé les doigts. Après avoir remis quatre fois de l’huile dans le moteur et soufflé deux fois dessus, notre chauffeur, pourtant si gentil, doit se rendre à l’évidence. Autant profiter d’être encore sur une voie avec un semblant de goudron pour l’acter: Sa caisse n’ira pas plus loin. Surtout si ce plus loin est un désert dénué de routes, de garagistes ou de couverture téléphonique. Fort heureusement pour notre soif de l’aventure, le propriétaire du van rutilant venu pour nous traîner jusqu’à un parking ne savait pas quoi faire de ses dix prochains jours.

Une petite porte et le poids du silence

Mongolie J0 h+15

Nous nous sommes enfoncés sur des pistes à la taille de plus en plus confidentielles pour être à présent dans le désert.

5 heures de trajets sur des routes naturelles, à comprendre deux traces légèrement creusées dans un terrain sans frontière mais aux reliefs malicieux.

Le soleil se couche sur de grandes plaines découpées par de petites chaines de montagnes aiguisées.

Nous voyons plusieurs campements de yourtes sur la route. Le soleil est complètement couché quand nous en élisons un pour finir cette longue journée. Poggy, notre guide, nous dit d’entrer en premier dans la yourte. Nous baissons la tête pour franchir la petite porte en bois peinte de couleurs vives, la buée de l’intérieur s’attaque aux verres de nos lunettes.

Une famille nous regarde. Un bonjour poli, un sourire timide et une modeste révérence ne semblent pas faire l’affaire. Ils sont une dizaine, nous aussi. Il n’y a pas vraiment de place pour tout ce beau monde. Ca n’embarrasse pas notre chauffeur qui va s’asseoir dans le fond de la yourte
sans rien dire. Nous ne voyons pas la guide. La table est chargée de bouffe. Une sorte de méchoui trône massivement sur la table basse centrale, juste à côté d’une pyramide formée d’immenses biscuits enchevêtrés en quinconce et couronnée par un mélange de fromage sec, de bonbons et de cubes de sucre. Dans le fond de la yourte, un autel avec deux photos de patriarches est honoré de bouts de fromage séchés. Les gens nous regardent et se lèvent dans une grande et calme confusion.

Si le malaise pouvait se toucher il nous aurait mis une gifle. Les couleurs de leurs vêtements chatoyants tournent dans l’univers chargé de la yourte puis disparaissent. Nous sommes desormais seuls dans ce foyer qui n’est pas le notre.

Nous reprenons la route pour trouver un point de chute qui n’aurait pas d’arrière goût de yourte fantôme.

De la bouse séchée et des lumières disco

Mongolie J0 h++

Dans la nuit, on le remarque à sa moto qui illumine l’obscurité de lumières disco. Le motard est grand. Il nous amène jusqu’à chez lui. Impossible de comprendre son nom donc nous ne nous en souviendrons pas.
Dans le désert on ne rencontre pas grand monde et chaque visite s’honore comme il se doit. Un grand nombre de conventions se suivent au sein d’une cérémonie protocolaire à faire passer la reine d’Angleterre pour une ambassadrice du cool.

Après s’être assis du bon côté de la yourte – les femmes face au poêle – en prenant garde de ne pas toucher aux chapeaux présents, le maître de cérémonie échangera sa petite fiole ambrée de tabac à priser avec son invité dans un geste mélangeant habilement classe et respect. Il ne pourrait sublimer encore plus l’échange qu’en se tapant sobrement la poitrine et en claquant un de ces petits “bien ou bien” qui se perdent dans notre quotidien de start upper trentenaires.

Il s’en suivra la traditionnelle bombance de dumplings, gros raviolis à la vapeur farcis d’une viande souvent indéfinie , se dévorant par quinzaine sous peine d’insulter notre hôte.

Cette première soirée est si riche en assimilation que nous ne pouvons pas tout noter.

Une fois la montagne de dumplings honorée, il accepte la bouteille de vodka que nous lui avons ramené en guise de modeste présent. Après avoir jeté le premier verre dans le poêle, il nous la fait goûter jusqu’à la dernière goutte. La vodka mongole se défend très bien et ne se boit pas congelée.

Quand ce n’est pas par de la vodka pure, le poêle est alimenté par de la bouse séchée.

Des toilettes sont à disposition un peu plus loin dans le désert. Nous ne pouvons pas les louper, il s’agit de la seule construction à émerger du sol nu. Nous découvrons ainsi les lieux d’aisances nomades, cabanons d’une taille légèrement inférieure à celle d’un homme, cachant un trou de plusieurs mètres de profondeur, surmonté de deux planches écartées d’une vingtaine de centimètres. Cet ensemble abrite généralement une pyramide d’étrons gelée.

Les vagues de chaleur du poêle peuvent être assez intenses, nous sommes tentés de prendre l’air.

A l’extérieur le contraste est saisissant. Le silence, timidement perturbé par le bruit des chèvres qui dorment, nous rappelle où nous sommes. Une fois de plus il n’y rien. Mais cette fois-ci ce n’est pas le rien aveuglant et assourdissant des rives du Baïkal dans la tempête. C’est le rien qui dort sous l’épaisse voute céleste qui, en se débarrassant de la contribution humaine, nous présente fièrement ses plus beaux éléments pour nous ébahir tel que nous ne l’avions pas été depuis les nuits des hauts plateaux boliviens .

Nous pouvons nous endormir dans la douce chaleur de la bouse en combustion qui crépite avec bienveillance pour nous réveiller en tremblant discrètement dans la fraicheur de l’aube hivernale, testant ainsi la mention “température extrême” de nos sacs de couchage.

Des falaises orangées et cinq bouteilles de Vodka

Mongolie J+1

Le programme de Poggy tient la route. L’univers que nous pouvons deviner au travers de notre vitre gelée et de celle du conducteur défile pour nous confirmer son statut de désert, s’entrecoupant parfois de formations excentriques, vestiges d’anciennes mers et propices au claquage de quelques clichés joviaux.

Au terme de cette journée chargée en paysages grandioses nous arrivons chez notre deuxième hôte. Celui-là semble beaucoup moins préoccupé par le respect du protocole.

La bouteille de vodka à moitié entamée à côté de la traditionnelle pile de formage faisandé y est certainement pour quelque chose. Son souci d’hygiène étant de toute évidence comblé par sa convivialité il nous enjoint rapidement à le suivre dans son monde merveilleux d’alcoolique nomade. Enchanté par le fait que nous buvions notre verre d’une traite, il nous invitera plusieurs fois à renouveler l’expérience avec lui.

S’ajoutant à ce beau départ en vrille le fait qu’il s’agisse de l’anniversaire de Poggy, très émue, nous embarquons tous dans une dégustation de différentes marques de vodka locales et internationales poussant l’exercice jusqu’à pouvoir communiquer avec lui sans interprète, riant, chantant et dansant dans ce cocon de chaleur au milieu de l’immense nuit glaciale. En sortant des bouteilles d’astucieuses planques à tise que ce soit de nos sacs ou des recoins de sa yourte, nous avons donc bu énormément, sacrifiant quasiment le troisième jour de notre périple sur l’autel de la digestion d’une cuite à l’alcool pur.

Des médailles par centaines et des animaux ancestraux

Mongolie J+4

Les routes sont longues et souvent chaotiques. Les décors lunaires et l’immensité des espaces ont un prix et il se paye en principalement en temps. Le van fait cependant le boulot et parvient à nous secouer d’une gorge glacée, taillée par un timide cours d’eau dans des montagnes acérées aux roches obscures, à des dunes enneigées se succédant à pertes de vue pour s’éteindre sous le soleil couchant en passant par d’anciens temples bouddhistes, détruits par la paranoïa soviétique, nichés au sein de falaises abruptes en colorées.

La condensation gelée du plafond s’égoutte à mesure que le maître de la yourte ravive le feu du poêle. En profitant de la première sortie à l’air libre de la journée nous établissons un premier contact avec le groupe de chameaux qui fait la fierté de notre hôte.

Nous sommes en effet chez un champion.

Les médailles et trophées qui ornent les parois de sa yourte en témoignent fièrement. Le dernier, un diplôme massif doré, date d’il y a trois jours. Il avait alors triomphé lors d’une compétition réunissant plusieurs dizaines de milliers de chameaux. Nous ne pouvons cependant pas voir son chameau star car il a été emmené par son fils au campement d’hiver, sur les hauteurs.

Les animaux du désert de Mongolie ont cette particularité qu’ils ont des airs préhistoriques. Massifs et aux poils longs, en apparence susceptibles de survivre à n’importe quelle évolution climatique. Ils en imposent et leur regard nous renvoi à notre faible condition physique. De les voir exploités par nous pousse l’esprit à divaguer.

Heureusement que nous avons un pouce, nous n’aurions jamais pu survivre comme eux. On se serait fait défoncer…

Un talus taquin et un bout de dent

Mongolie J+6

Aujourd’hui la route est particulièrement taquine. Nous bondissons sur nos banquettes avec plus d’amplitude qu’à l’accoutumée. Les plaines qui nous servent de routes dans le coin sont lourdement enneigées et ne permettent qu’une vague estimation de la taille des fossés que doit enjamber notre van.

Au hasard d’une tranchée nous croisons un autre van avec un unique passager. Ce van est en difficulté pour gravir un talus d’environ deux mètres de haut, s’enneigeant à répétition. Notre chauffeur lui ouvre la voie et réussi à dompter le terrain, choppant au passage une bonne dose de confiance. Nous continuons notre route à deux vans. L’autre reprend les devants.

Nous le suivons une petite demi heure.

Le chemin est labyrinthique. Chaque obstacle doit s’appréhender au bon endroit. Les pentes sont raides et glissantes. L’ouvreur de fortune s’arrête à nouveau devant pente raide.

Notre chauffeur, encore grisé par son récent succès, prend son élan pleine balle dans le genre “ça passe”, style de conduite abondamment illustré dans de grands classiques comme par exemple “Sherif fait moi peur”.

Nous nous envolons.

Profitant d’un bref instant de lévitation, les têtes cognent sur le plafond matelassé du van, puis nous nous écrasons lourdement. Un des membres du groupe s’en éclate un bout de dent. Le véhicule dérape. De la fumée s’échappe du moteur. Le chauffeur sort rapidement, regarde l’avant du van et se gratte la nuque d’un grattage qui ne trompe pas. Il a fait une connerie.
Nous descendons à notre tour avec la précipitation de ceux qui doivent enfiler huit couches pour respirer l’air du dehors.

Le van semble vautré dans la neige. Les deux roues avant forment un angle obtus. Une huile visqueuse dégouline mollement de l’arbre de direction, marquant la neige étincelante de profondes tâches obscures comme pour signer ses dernières volontés aux pieds de son adversaire victorieux. Cela aurait été un cheval nous aurions été contraint de l’abattre d’une balle dans le crâne pour alléger ses souffrances.

Aucune couverture téléphonique, une heure et demie de trajet véhiculé jusqu’au prochain village, un fond de bouteille d’eau englouti dans la seconde par un de nos passagers en panique, un snickers écrasé à se diviser en huit. Il va vraiment falloir que celui qui n’a pas mis de la volonté lors de la procession autour du mat sacré du départ fasse quelque chose car les signaux envoyés par les dieux de la route sont contradictoires.

Une question se pose en effet parmi tant d’autres. Il sort d’où ce van quasiment vide qui allait dans notre direction en plein milieu de ce désert alors que nous n’avions croisé le chemin de personne depuis une semaine? Il nous reste trois jours pour trouver un cheval à décapiter afin de remercier les anges gardiens sanguinaires. Au pire nous pouvons toujours leur offrir un sixième de Snickers.

Le voisinage sans frontière et la mémoire courte

Mongolie J+6

Nous dormons chez un ancien chauffeur connu de Poggy. C’est une maison sédentaire dans un village avec une école primaire, des douches publiques et un étrange congloméra d’une dizaine d’épiceries regroupées sur la place centrale du village. Quelques yacks traînent aux côtés des chiens dans les allées poussiéreuses à la recherche d’une poubelle à éventrer sans vraiment d’excitation.

Cet ancien chauffeur est parti avec le notre pour réparer notre van là où nous l’avons laissé, agonisant avec toutes nos affaires. Il nous donne un coup de main ce soir mais il n’a plus le temps pour balader des touristes des semaines entières car il doit s’occuper de sa femme.

Sa femme a une soixantaine d’année. Nous l’avons rencontré car elle est obligée de rester chez elle. Nous sommes placés dans une pièce et elle reste dans l’autre, celle qui a la télévision.

Nous sommes ponctuellement obligés de traverser son monde pour nous extraire de celui qui nous a été attribué pour la soirée. A chacun de nos passages, pourtant méticuleusement révérenciels, elle nous appuie un regard à la fois terrifié, autoritaire et enfantin. Son regard nous saisi d’un étrange malaise mais elle ne fait aucun geste ni ne dit aucun mot. Peut-être tremble-t’elle un peu les lèvres. Une fois que nous sommes partis, elle replonge dans son programme. Sur l’écran défile une sorte de sitcom tropical dont le doublage en mongol empêche d’en deviner l’origine. Elle a une posture noble, assise le dos droit et la nuque élégamment portée, comme si sa pause télé ne devait durer qu’un bref instant. Elle porte un peignoir fidèle à la tradition mongole et une paire de chaussons. Poggy reste avec elle quand nous sommes dans la pièce voisine et ne cherche pas à nous présenter.

A un moment Poggy doit s’absenter et nous laisser avec la dame. Elle nous prévient. Elle est malade, d’un problème à la tête. Elle ne peut pas rester seule car sinon elle risque de sortir dans la rue et de s’y perdre. La porte du désert est à trois maisons au bout de l’allée et il doit faire -20°C en journée. Or il fait nuit et l’éclairage publique est pratiquement inexistant. Les consignes de Poggy sont donc claires, il faut la retenir si elle essaye de sortir.

La dame en peignoir est donc seule chez elle, avec un Alzheimer bien entamé, six étrangers dans son salon parlant une langue qu’elle ne connait pas. Plusieurs fois de petits bruits s’échappant de sa pièce nous font sursauter. Son regard reste néanmoins perdu en direction des mouvements lumineux familiers qui seront parvenus à l’hypnotiser assez longtemps pour que nous n’ayons pas à nous plier à un exercice qui ne doit pas donner envie à grand monde. Poggy est revenue, l’équipe de chauffeurs aussi, mais plus tard. A deux, ils ont réparé le camion de nuit dans le désert. Ils admettent avoir eu froid. Nous nous couchons pour ne pas déranger nos hôtes, la tête orientée vers une figure bouddhiste phosphorescente.

Le dame aussi dormira au chaud. Nous éviterons de rêver d’un réveil brutal, debout en chausson dans l’air glacial sur une dalle rocailleuse grise et blanche s’étendant à l’infini avec pour comme principale préoccupation “comment je suis arrivée ici?”

Une cuillère en équilibre et un jogging déchiré

Mongolie j+7

Poggy se lasse peut-être un peu du voyage et nous laisse visiter par nous même les vestiges d’un temple bouddhiste en ruine, laissant libre cour à notre interprétation. Ce sont des ruines. Nous apprendrons plus tard que les temples ont été détruits pas l’armée soviétique parce que le régime suspectait les lamas -moines bouddhistes- d’être à la solde de courants antirévolutionnaires.

Nous dormons en famille, dans une maison avec plancher chauffant mais sans eau courante et avec toilettes mongole dans le jardin. Cette maison est celle d’un autre membre du réseau de chauffeurs de Poggy. Il a trois enfants, un grand garçon de 10 ans, une fille de 3 ans et une nouvelle née. Dans la partie dédiée aux médailles de son salon, un long fanion est mis fièrement en avant. C’est son fils qui l’a obtenu en arrivant premier à un concours d’orthographe. Il accepte humblement nos félicitations. Malgré ce don manifeste pour le maniement de la langue de Gengis Khan, le jeune garçon aime les mathématiques et aimerait être ingénieur. Il regarde d’ailleurs distraitement un programme de type “c’est pas sorcier”, n’osant pas trop nous parler, laissant la tâche à son père qui prend beaucoup de plaisir à répondre à nos questions non sans oublier de nous servir de la vodka. La petite avec ses deux couettes asymétriques et ses airs intrigués et malicieux, a tout d’un dessin animé. Elle mange les dumplings par douzaine en les éventrant pour ne se goinfrer que de la viande, laissant la pâte tiédasse et baveuse à son frère. Elle se tord de rire lorsqu’on se fait disparaître notre nez dans notre main et nous rend la pareille en se cachant derrière les rideaux.

Le fils d’un voisin et ami du garçon nous rejoint pendant la dégustation de dumpling. Alors qu’entre deux tours de magie bidons nous apprenons aux deux garçons l’art savant du maintien de cuillère sur le visage, le père interrompt le noble atelier et nous invite à une démonstration d’une autre forme d’art.

Les deux garçons sont sommés par le père de se battre ensemble devant nous. Ils tentent une rapide protestation mais l’autorité du père vaincra très vite sur ces petites réticences. Il s’agit de lutte mongole, très populaire depuis des millénaires en Mongolie, on en voit en tout cas des représentations sur des estampes vieilles de plusieurs centaines d’années. Les règles sont à priori assez simple, celui qui a touché le sol, même avec la main, a perdu. Il semblerait que les coups soient autorisés. Aujourd’hui, le premier à avoir trois victoires a gagné. De la place est faite sur le parquet entre la table basse remplie de bouteilles et le plan de travail de la cuisine. Les garçons en chaussettes se font face et, sous l’invective de leur père, se rentrent dedans. On entend vite leur respiration se faire plus forte. Leurs pieds glissent sur le parquet. Ils se saisissent vigoureusement par ce qu’ils trouvent et ne ménagent pas leurs gestes. De temps en temps un des deux pousse un petit cri. Leurs joggings se déchirent par endroits, les T shirts sont complètement détendus. Ils s’observent beaucoup puis dans de soudaines phases d’action valsent brusquement et tournoyant sur leur ring de fortune, flirtant avec la tétraplégie suggérée par le nombre de recoins aiguisés qui les entourent. Le père, qui tient la petite spectatrice désabusée dans les bras, leur crie ses conseils de coach comme pour un championnat majeur. Les rounds semblent durer une éternité. Le bruit de la respiration fait un peu mal au cœur. Au final le plus grand des deux remporte ce duel serré. A bout de souffle, vidés de toute énergie, ils partiront s’effondrer dans la chambre voisine une bonne dizaine de minute pour reprendre leurs esprits.

Afin d’honorer notre hôte, deux membres de notre groupe se prêtent à leur tour à l’exercice et témoigneront de la violence physique de ce type de combat. La vodka n’aidant peut être pas non plus dans la gestion d’un effort physique intense mêlant puissance, vigilance et dextérité.

Un stroboscope et une capitale éphémère

Mongolie J+9 et plus

Avec deux membres du groupe nous decidons de prolonger notre balade et de rester cinq jours de plus dans la région centrale avant de retourner à Ulaanbaatar.

Le premier point de chute est à Kharkhorin, ancienne capitale de la Mongolie. Très ancienne la capitale car il ne reste rien de ce qui fut autre fois et très brièvement la principale ville du pays. Un grand temple bouddhiste à néanmoins été reconstruit depuis quelques dizaines d’années.

La ville se résume à une rue, bordée de commerces divers et de karaokés, et d’un quartier résidentiel aux rues en terre et aux maisonnettes récemment construites, le tout dans un air de suburbs post apocalyptiques. Au cours de nos petites balades dans nos nouveaux quartiers les gens nous interpellent pour nous saluer avec de grands sourires.

Le premier soir alors que nous cherchons un bar afin d’éviter l’apéro à huit clos yourtien nous échouons dans un bar karaoké. La salle principale est vide. Les serveuses sont ravies de nous voir arriver. Nous entendons des hurlements s’échapper des petites salles fermées qui bordent la grande salle dans laquelle nous nous installons. Le niveau de décomplexion des mongols en Karaoké fait chaud au cœur.

Apres nous avoir servis nos bières et afin de donner à son établissement tout le fun qu’il est en mesure de fournir, la serveuse allume un stroboscope en notre direction puis balance la musique jusqu’à saturation de l’énorme haut-parleur qui fait face à notre table. Intrigués par l’ambiance survoltée qui vient de naître dans la salle, une des salles privée vient nous rejoindre dans la salle pour danser en cercle sur des hits internationaux comme Kamaro ou Gangnam Style. Certains nous inviteront même à les rejoindre avec un air taquin.

Une lampe frontale et une fumée indomptable

Mongolie J+10

Il fait nuit. Nous avons froid. Généralement les propriétaires des yourtes s’occupaient du poêle, cette nuit ce n’est pas le cas. Le responsable du campement nous a laissé une grosse bûche humide qui ne prendra jamais. Lorsque nous nous sommes réveillé, une heure après avoir mis les dernières bûchettes, les braises étaient presque complètement éteintes. Nous tentons donc de rallumer le feu.

De la fumée sort de partout et envahie complètement la yourte. Nous sommes obligés de nous couvrir la bouche lors de nos tentatives désespérées pour redonner un semblant de chaleur à la yourte gelée. Chaque fois que le feu reprend c’est pour mourir dans la demie-heure. L’énervement se mêle à la fatigue. Nous dormirons par à-coups, dans une fumée glaciale étourdissante.

Au réveil officiel, le chauffeur nous trouve glacés. Il nous indique comment gérer le poêle et râle contre notre hôte qui nous a fournis du bois mouillé.
Malgré la fatigue et le vent puissant qui souffle sur la yourte nous pouvons profiter de ces derniers jours en Mongolie pour nous dégourdir les jambes et ramener de nouvelles images aux milliers que nous avons déjà accumulé en nous en quinze petits jours de désert.

Des draps propres et une ville qui ne sait pas trop ce qui lui arrive

Mongolie J+15

Nous sommes rentrés épuisés à Ulaan Bataar. Nous avons pu prendre notre quatrième douche depuis notre arrivée en Mongolie mais nos affaires sentiront la fumée pour plusieurs semaines. La ville construite pour répondre aux standards soviétiques fait le boulot pour nous réurbaniser. Nous pouvons nous préparer pour la Chine et pour Pékin, l’esprit léger d’avoir pu traverser cette région du monde à la culture et à la nature imperturbables.

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